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Jusqu’ici, tout va bien

Je n’étais pas prête, mais prospecter est la partie préférée de mon activité.

J’aime découvrir de quelle manière mes interlocuteurs font le lien entre le travail et la santé.
Et la phrase que j’affectionne tout particulièrement (et qui pourrait tout aussi bien me faire bondir de mon nouveau siège balon ergonomique) c’est celle-ci :
« Nous? on n’a pas de problèmes de RPS »

Tant mieux, ai-je envie de répondre à mon nouveau prospect.
Le matelot a l’air d’être comme un poisson dans l’eau. En ces gros temps, tant mieux pour lui s’il ne prend pas la tasse.

Alors, je ne m’aventure pas à lui expliquer qu’il nage probablement en aux troubles. Lui non plus, n’est pas prêt.
Je ne relève pas quand il évoque l’enquête interne de l’an dernier. Ni quand, au fil de l’eau, il glisse qu’au service compta, deux personnes sont arrêtées depuis des mois.
J’attends la suite, qui vient très vite : La faute à qui, tous ces arrêts intempestifs?
Aux problèmes personnels, bien sûr.

Parce que chez lui, donc, ce n’est pas pareil: les RPS n’existent pas.

Je pourrais lui enfoncer la tête sous l’eau, lui susurrer d’ouvrir un peu ses branchies et lui montrer comment avoir vraiment le pied marin.
Mais défaire une croyance vissée comme une bernique sur son rocher, ce n’est ni constructif, ni très sympa.
Alors je change de cap.

Je l’encourage sincèrement pour cet environnement sain qu’il a réussi à créer.
Je l’écoute, vraiment.
Car, dans son récit, je sais que tout est déjà là : les arrêts, l’enquête, les indicateurs, mais lui, il ne le sait pas encore.
Il n’a pas encore sorti les maillons de son filet, qui relient la santé de ses équipes à leur engagement et à leur performance.

Je ne lui parle pas de le réparer, à quoi bon? puisque rien n’est cassé, il me l’assure.
Je lui parle de consolider ses forces, ses ressources & ses acquis.
Je lui parle de prévention primaire.

Je repars sans contrat c’est vrai, il mettra du temps à bien saisir la dimension d’anticipation, de gestion proactive et d’approche collective.
Mais il reviendra.
Toujours.

Car, à un moment, il prendra conscience que prendre soin aussi de tous ceux qui vont bien, c’est agir avant les crises et renforcer ce qui tient encore debout.

Je suis montée à bord.

La prévention, c’est du temps long.
Et la terre n’est pas plate.