On incrimine le travail quand il détériore notre santé.
Rarement avant. Presque toujours après.
Les baromètres et les chiffres nous le disent sans détour : c’est un enjeu majeur pour les entreprises, et, à force, un défi de santé publique.
On ne compte plus les arrêts, les départs, les collectifs qui ne savent plus bosser ensemble.
Alors, pour tenter d’enrayer l’engrenage, on prend soin des salariés de mille façons, sans réfléchir d’un millimètre au poste de travail lui-même.
Pour les risques physiques, pourtant, nous savons le faire. On adapte le poste, on corrige le geste, on repense l’espace. OK.
Face aux risques sur la santé mentale, c’est pourtant le même mécanisme de causes et de conséquences qui s’opère.
Mais là, curieusement, on regarde la personne, jamais la situation qui la met en tension.
Or, la santé mentale au travail se régule dans l’organisation : la clarté de ce qui est demandé, le sens que cela procure, les moyens pour y parvenir, la considération pour le travail accompli et les relations vécues au quotidien.
Et, contrairement à ce que nous croyons, ce n’est pas si compliqué à instruire. Il faut juste savoir reconnaître le lien intime entre les deux.
Tant que nous intervenons en bout de chaîne, nous croyons à un manquement individuel qu’il faudrait corriger. Un salarié à remotiver, à accompagner, à aider à mieux gérer.
La fragilité étant toujours de son côté.
La prévention primaire, elle, fait l’inverse : elle anticipe, elle agit sur le travail pour qu’il redevienne un facteur de santé.
Car un salarié en bonne santé, physique et mentale, est un salarié engagé, innovant, créatif.
La santé n’est pas le prix de la performance : elle en est la condition.
Et pour y parvenir, c’est le travail qu’il faut réparer avant tout.